• Sébastien Van Passel

Retomberez-vous sur vos pattes grâce au compte épargne?

Le belge est connu pour avoir une brique dans le ventre, mais il est également réputé pour placer son argent en compte épargne.


Devons-nous en déduire que les habitants du Royaume sont préparés à affronter une crise financière éventuelle ou une perte d'emploi en cette période où le vent de l'économie se montre moins porteur ?


Voici résumé, par cette question, l'objectif visé par cet article.


En cette phase de sortie de crise du Covid-19, la plupart des médias communiquent à propos du montant impressionnant détenu par nos concitoyens en comptes épargne. Nous atteignons aujourd'hui les 283 Milliards d'EUR contre 260 Milliards avant le confinement du mois de mars (soit +9% d'augmentation).


Evolution comptes épargne - source : Febelfin


Les belges sont-ils, pour autant, les champions mondiaux de l'épargne?


En lisant les titres des journaux, nous aurions tendance à répondre par l'affirmative. Bien que le belge fut par le passé considéré, avec les japonais, comme les "écureuils" de l'épargne mondiale, cette réalité est devenue obsolète. En effet, depuis le début du siècle, soit au cours des 20 dernières années le taux d'épargne a considérablement chuté passant ainsi d'un peu plus de 20% en moyenne à seulement 12,5 % aujourd'hui (source : l'IWEPS* Wallon).


L’économiste Etienne de Callataÿ, dans un rapport publié en 2014, explique la raison de cette baisse par plusieurs facteurs dont :


  • le vieillissement de la population (on a besoin de son capital pour compléter les revenus de remplacement)

  • la confiance dans le filet de sécurité social en cas de pépin;

  • la baisse progressive des taux d'intérêts rendant l'épargne moins attractive;

  • ou encore l'évolution du pouvoir d'achat des citoyens dû au niveau très élevé de notre fiscalité ainsi que le faible taux d'emploi (même si ces chiffres ce sont améliorés depuis son étude).


Le taux d'épargne baisse mais le montant sur les comptes épargne ne cesse de grimper, ça semble incohérent?


Formulé ainsi, cette donnée parait complètement incompréhensible et je pense à ces pauvres étudiants devant répondre à une telle question lors d'une question d'examen.


Pour vous répondre concrètement, ce paradoxe s'explique de la manière suivante : lorsque nous sommes en période de crise ou d'insécurité nous avons tendance à placer notre argent dans des actifs moins risqués pour répondre à nos besoins à plus court terme.


Concrètement, l'épargnant n'a pas pas mis plus d'argent de coté, il a tout simplement déplacé une partie de ses capitaux à risque (les placements boursiers tels que les fonds de placement) vers les placements moins sensibles aux fluctuations du marché : les comptes épargne.


A ce titre, si vous regardez de plus près le chiffres publiés par Febelfin ** relatifs à l'évolution des actifs gérés en fonds de placement***, vous ferez le constat d'une baisse progressive de leurs encours depuis 2017. Le actifs sous gestion passent ainsi de 332 Milliards d'EUR à 287 Milliards en début 2019, soit une baisse de plus de 13% des avoirs confiés aux gestionnaires de fonds (et ce chiffre sera certainement encore plus conséquent lorsque l'on tirera le bilan pour cette année).


La baisse des encours totaux des avoirs sous gestion n'est pas la seule explication de l'approvisionnement des comptes épargne. En effet, les medias vous ont abondamment informé au sujet de l'épargne ponctuelle réalisée pendant le confinement en raison de la diminution des dépenses des ménages (pas de dépenses = augmentation de l'épargne).


Nous noterons également d'autres facteurs boostant la croissance des montants placés en comptes épargne comme le souligne le chef économiste d'ING, Monsieur Philippe Ledent, dans un article du Soir daté du 3 janvier dernier : "l'augmentation de la population, l'indexation des salaires ou encore des réformes fiscales plus favorables". Les plus avertis d'entre-vous y verront un nouveau paradoxe**** que j'explique en bas de l'article afin de ne pas rentrer dans des considérations trop techniques.


Le belge est-il, dès lors, en général financièrement à l'abri?


En écoutant les médias nous informer à propos de la croissance exponentielle des comptes épargnes, nous pourrions croire que notre banque doit faire des erreurs de calculs lorsque l'on regarde l'état de nos finances à titre individuel.


Pour nous éclairer, une étude récente réalisée par l'intermédiaire du bureau indépendant Indiville pour le compte de la société d'investissement NN conjointement avec l'Université UHasselt et le professeur Wim Marneffe (panel de +2.000 belges de 18 à 79 ans interrogés - marge d'erreur de 3%) nous fait prendre conscience que plus de la moitié des sondés ne peuvent pas vivre plus de 3 mois avec leur réserve d'épargne. Pire encore : "41% des belges n'ont jamais ou (disposent) rarement d'argent à la fin du mois" comme le souligne le journaliste Patrick Dath-Delcambe de la DH commentant ces données.

On peut facilement en déduire que seuls les plus aisés ont une épargne suffisante pour tenir le coup en cas de crise de longue durée. A ce titre, l'étude met en lumière une information interpellante :


"Seulement" 16 % des personnes peuvent vivre de leur épargne sur les 12 prochains mois, et ce, même si 80% des épargnants redoutent une nouvelle crise financière".

Nous pouvons en conclure que l'image d'épinal du belge disposant de plantureuses réserves d'épargne est tronquée.


Quelles seraient les solutions envisagées pour asseoir de meilleures réserves financières ?


Les chercheurs ont également pu observer à travers cette étude que seuls 30 % des sondés ont un véritable plan financier. Le plan financier étant encore le moyen le plus efficace pour se préparer aux accidents de la vie; financer le mariage de ses enfants ou encore pour envisager une retraite paisible.


Par conséquent, 70% des belges ne disposent pas de plan financier, ni de stratégie d'épargne. Cette information semble fort étonnante, quelle en serait la cause principale?

En tant que professionnel actif dans le secteur de la banque privée depuis pratiquement 20 ans et bien que mon point de vue soit certainement biaisé, en raison du type de client auquel je m'adresse, j'ai pu cependant constater ce que souligne NN dans son rapport :


"Près de la moitié des personnes interrogées reconnaissent leur manque de connaissance en matière financière".

Cette découverte issue de l'enquête communiquée par NN offre un champ d'opportunités pour les acteurs du secteur financier afin de développer leurs services et l'information destinée à leur clientèle et futurs clients. C'est en tous cas mon crédo, et me stimule à écrire régulièrement via ce blog.


Conclusions :


Les chiffres communiqués en matière d'épargne ne sont pas à prendre à la lettre dans la mesure où nous l'avons vu dans cet article, bien que les montants déposés en comptes épargne sont de plus en plus importants, le taux d'épargne est lui en constante baisse depuis plus de 20 ans. Par ailleurs, la plupart des épargnants ne sont pas outillés pour planifier leurs finances. Ceci, principalement, en raison d'un manque de connaissance en matière financière.

Plus que jamais, je reste à votre disposition pour répondre à vos questions et d'aborder, pour vous, des thématiques pouvant répondre à vos attentes.


Lexique :


  1. *IWEPS : Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique

  2. **Febelfin est le représentant du secteur financier en Belgique

  3. ***Fonds de placement : "Un fonds de placement (ou fonds d'investissement) est un organisme de détention collective d'actifs financiers. L'intérêt de la gestion collective est de bénéficier de gestionnaires de placements professionnels et d'économies d'échelle (coûts de transaction moins élevés)." source : Wikipedia.

****Paradoxe, explication :


Il y a un paradoxe dans le fait que les montants en carnets de dépôt augmentent par l'apport d'argent frais tout en constatant au même moment que le taux d'épargne baisse. Vous avez trouvé pourquoi? Un exemple clair : Une population donnée comme celle de la Belgique passe de 10 MM à 11 MM d'habitants, pour un même montant total placé en comptes épargne, par exemple 200 Milliards. En toute logique le taux d'épargne, lui, baisse en proportion. CQFD!


Sources :


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